Les enjeux
Qu’ont en commun la Dame de Vix, dont la sépulture bourguignonne date du VIe siècle avant J-C, les amants de Modena dont les ossements furent découverts en Italie et la Dame rouge de Paviland, découverte au pays de Galles en 1823 ? Tous ces ossements furent l’objet d’une fausse interprétation, teintée de biais sexistes. Il aura fallu des années pour que les chercheur-ses découvrent, à partir de prélèvements ADN, que l’homme de Vix enterré avec toutes ses armes, était en fait une femme (même histoire pour la Viking de Birka ou encore la Dame du Cavillon). Les amants de Modena, deux défunts se tenant par la main, suscitèrent une grande émotion après leur découverte. Pendant dix ans, il fut assumé qu’il s’agissait d’un couple hétérosexuel, jusqu’à ce que les recherches révèlent que ces amants étaient des hommes. La Dame rouge du Paviland était teintée d’ocre rouge avec un collier de coquillages perforés comme pendentifs et des bijoux d’ivoire de mammouth. Une femme, forcément. Il s’agissait en réalité du squelette fossilisé d’un homme. Ces dernières années, les voix féministes s’élèvent dans le champ de l’archéologie et de la recherche, et interrogent la façon dont les biais issus du patriarcat occidental moderne – et plus exactement de l’hétérocispatriarcat – influent sur la science.
Il réside pourtant dans la possibilité de la transition une puissante révolution, puisqu’elle constitue la preuve ultime du caractère construit du genre. Elle met en lumière l’arnaque de la nature féminine et de la nature masculine, lesquelles sont invoquées pour justifier la complémentarité naturelle des sexes et de la domination naturelle des hommes sur les femmes. La transition agit comme un bouclier contre les rhétoriques patriarcales qui cherchent à enfoncer dans la tête de tout un.e chacun.e l’idée que la domination masculine va de soi et demeure indépassable, puisqu’elle serait codifiée dans notre ADN et dans l’histoire de l’humanité. La transition vient dire que les justifications utilisées par le patriarcat pour perpétuer son œuvre constituent une mascarade absolue.
La fin des monstres : récit d’une trajectoire trans, de Tal Madesta.
Les premières traces des communautés trans
Si les personnes qui portent des vêtements et des accessoires généralement attribués au sexe opposé ont toujours existées (les femmes, par exemple, avaient de nombreuses raisons de choisir de passer pour un homme afin d’accéder à des espaces ou à des carrières qui leurs étaient interdites), l’émergence du transformisme (travestissement sur scène) connait un essor dans le courant du XXe siècle. À l’époque, il s’agit d’une pratique exclusivement réservée aux hommes blancs hétérosexuels, notamment dans des spectacles inspirés des « minstrel shows » états-uniens, un type de spectacle qui jouait sur les stéréotypes racistes en dépeignant des personnages noirs (souvent des acteurs blancs qui avaient recours à des blackfaces) comme stupides et ignorants. Dans ces spectacles, les stéréotypes féminins étaient aussi fréquents, comme celui de la « wench » (fille des classes populaires). Ces spectacles s’importent en Europe et inspirent les cabarets vaudevilles français dès le début du XXe siècle. En parallèle, la première personne connue à se définir comme drag queen est William Dorsey Swann, un militant antiraciste LGBT, né esclave dans le Maryland. Il est aussi la première personne aux États-Unis à diriger un groupe de résistance queer. En 1896, il est arrêté par la police et injustement condamné à 10 mois de prison pour avoir tenu une maison close. Du fait de leur caractère illicite, les show drags sont des divertissements nocturnes. À Paris, la culture du cabaret favorise les spectacles de travestissement et des lieux comme le Carrousel (tenu par Madame Arthur) ou encore Elle et Lui sont très fréquentés par les communautés lesbienne, trans et homosexuelle et deviennent ainsi de vrais lieux de sociabilités pour ces communautés. Une loi, promulguée en 1949, interdit aux artistes de cabaret de se produire sur scène avec des faux seins, des perruques ou des talons. iels doivent alors user de leur créativité, au moyen de nombreux subterfuges. Dans cette série documentaire LSD de France Culture, Marie-Pierre Pruvot, autrefois vedette du cabaret du Carrousel sous le nom de Bambi, raconte : « La police avait une bonne excuse pour faire la chasse aux travestis et cette chasse a été de plus en plus forte et de plus en plus organisée. (…) Il fallait empêcher le mouvement de grandir. Madame Arthur a dû trouver le moyen de faire ses spectacles, avec des tricheries. » Coiffures en raphia à défaut d’une perruque, un pantalon dont le tissu était cousu de telle sorte qu’il ressemblait à une jupe… Les stratégies sont aussi nombreuses que créatives.
La psychiatrie au service des courants réactionnaires (transphobes, mais pas seulement…)
À partir des années 1950, la médecine et la psychiatrie s’emparent de la transidentité. Ce n’est qu’en 2018 que l’ONU la retire de sa liste des maladies mentales, soit neuf ans après que la France l’ait supprimée. Si beaucoup de personnes trans entament un parcours de transition médicale et/ou administrative, ce n’est bien sûr pas le cas de toutes, et encore moins un pré-requis pour se définir comme tel. De fait, l’ensemble de notre société est organisé autour de la binarité de genre : de l’état civil aux toilettes publiques, en passant par les rayons des magasins de vêtements. Ainsi, pour une personne trans, entamer un parcours de transition s’avère souvent nécessaire.
Quand j’étais petit, je croyais que j’allais faire quelque chose d’important de ma vie, comme explorer l’univers ou soigner des maladies incurables. Je n’aurais jamais imaginé que je passerais une si grande partie de mon temps sur terre à lutter pour savoir quelles toilettes je peux utiliser.
Stone Butch Blues, de Leslie Feinberg.
En France, jusqu’en 2016, toute personne trans souhaitant changer de genre à l’état civil devait obligatoirement avoir subi une opération de réassignation génitale irréversible, autrement dit, une stérilisation. Toujours dans le podcast de référence « Les transidentités racontées par les trans », et plus exactement dans l’épisode 2, la journaliste trans et militante d’Act-Up Hélène Hazéra témoigne de l’injonction médicale et psychiatrique qui entoure le parcours trans et de l’obligation de se justifier en permanence, face aux médecins, mais pas seulement : « Il faut toujours dire « quand j’étais petite, je jouais à la poupée. » En fait, ce qui est interdit, c’est de changer. Alors que si j’ai envie de changer, je change ! Bah non, on doit toujours se justifier d’être trans, et c’est quand même assez lourd. » Si les luttes trans ont permis de grandes avancées ces dernières années, la riposte réactionnaire est de plus en plus violente et affirmée, en France comme de l’autre côté de l’Atlantique. L’an dernier, les militantes d’extrême droite Dora Moutot et Marguerite Stern publiaient un livre intitulé Transmania, dans lequel elles réaffirment leur postulat politique selon lequel le mouvement trans est un danger pour les droits des femmes, en qualifiant notamment la transidentité d’ « obsession sexuelle qui finit par prendre tellement d’espace mental qu’elle devient une identité. » Si ce livre a déclenché une vague de polémiques et de critiques, les militantes ont reçu le soutien de nombreuses personnalités transphobes et réactionnaires en France, comme celui de l’ancienne ministre du Travail et de l’Emploi, Astrid Panosyan-Bouvet, et même à l’étranger, on pense notamment à J.K. Rowling. Ces thèses permettent de justifier des discours et des actions politiques : dans le sillage de la sortie du livre, le Sénat adoptait, en mai 2024, la proposition de loi qui prévoit l’interdiction des traitements hormonaux avant 18 ans et le contrôle strict des prescriptions de « bloqueurs de puberté ». De fait, la psychiatrie sert de support aux discours transphobes. Ceux-ci usent et abusent du vocabulaire médical et s’appuient sur la thèse de la déviance et de la maladie mentale, par exemple en dressant un parallèle complotiste entre transidentité et pédophilie. Dans ce texte en libre accès, la militante trans et antipsy connue sous le nom Mad Freaks détaille : « Le mouvement anti-trans repose sur un savoir formalisé, médicalisé, qui va au-delà du corps des psychiatres lui-même. La force de l’offensive anti-trans est à situer par rapport à la puissance politique du pouvoir psychiatrique. C’est-à-dire un savoir construit comme scientifique, et par là symboliquement légitimé et difficilement contestable, mais surtout un savoir malléable qui est devenu mobilisable par tou·te·s au nom de la santé. » Plus loin, elle poursuit : « Dans un tel contexte de puissance du savoir psychiatrique, les énoncés anti-trans paraissent aisément pour du simple bon sens médical. S’opposer aux anti-trans, c’est s’opposer au soin. Marguerite Stern elle-même prétend à maintes reprises qu’elle n’a aucune haine envers les personnes trans, mais qu’elle veut simplement que nous soyons soigné·e·s correctement. Sur ce point, on peut estimer que les anti-trans mentent, qu’iels sont juste viscéralement transphobes et veulent en soi empêcher les transitions. Beaucoup de personnes trans, qui veulent bien sûr se défendre, partent de ce principe. Mais, je pense qu’il est bien plus intéressant, et nécessaire, de concevoir les anti-trans comme des gens qui croient réellement au sens qu’iels accordent à ce qu’est le soin en matière psychique. Ce sens accordé au soin est le sens produit par le pouvoir psychiatrique lui-même : soigner une personne au nom de son intérêt, quitte à ce que ce soit contre ce qu’elle désire. Ce sens du soin psychique se retrouve bien au-delà des anti-trans. Il est nécessaire de prendre du recul sur comment le pouvoir psychiatrique conçoit le « soin » et comment cette conception du soin s’est politiquement imposée. »
Pour une approche matérialiste, antipsy et antiraciste des questions trans
Il est incroyable de voir comme nos identités sont instrumentalisées, nous les femmes trans noires particulièrement au regard de l’impact que Marsha P. eut à Stonewall, d’où naquit la Pride. Alors qu’en réalité personne ne cherche vraiment à nous inclure dans sa vie. Les femmes trans noires sont les totems d’immunité de toute cette communauté, tout le monde s’inspire de nous, nous trouve puissantes, flamboyantes, magnifiques, mais personne ne se soucie réellement de nos vies en tant que telles, personne n’arrive vraiment à nous humaniser et envisager des relations avec nous qui ne seraient pas orientées uniquement sur notre transidentité.
Kellysha Descieux, « Afrotrans ».
Si les enjeux de représentation sont importants, de nombreux-ses militant-es trans appellent à politiser la question trans au-delà des revendications strictement individuelles, voire individualistes. En fonction de leurs conditions matérielles d’existence, toutes les personnes trans ne sont pas logées à la même enseigne. En 2020, l’association Acceptess-T a lancé le Fonds d’Aide Sociale trans (FAST), afin de pallier aux situations rencontrées par les personnes trans sans-papiers, et/ou séropositives, et/ou travailleur-ses du sexe, et plus largement les personnes trans précaires et isolées n’ayant pas la possibilité de compter sur un soutien familial ou le RSA. À noter que ce fonds repose intégralement sur les dons. Dans l’ouvrage collectif Afrotrans, le militant panafricaniste Joao Gabriel aborde la question de la dimension sexuée de l’économie capitaliste : « Cette dernière assigne des places différentes aux hommes et aux femmes dans l’organisation du travail. Cela laisse penser que les personnes qui transitionnent sont en transgression non seulement sur le plan de la morale sexuée et sexuelle, mais également dans le fonctionnement économique, d’où leur exclusion de l’emploi et la relégation dans des économies criminalisées. » En 2023, une étude menée en partenariat avec le média Têtu rapportait que seulement 19% des personnes trans en France était out sur leur lieu de travail.
Dans l’un de nos anciens articles, nous citions déjà Joao Gabriel : « La racialisation fonctionne comme une forme permanente de visibilité. Visibilité positive quand on est blanc, visibilité négative quand on ne l’est pas. Personne n’est « neutre » racialement, pas même lorsqu’il y a ambiguïté. » Ainsi, le changement de la mention de sexe à l’état civil pour un homme noir, par exemple, ne soulève pas les mêmes enjeux. L’auteur s’appuie sur plusieurs cas d’hommes trans noirs qui furent soupçonnés de détenir de faux papiers lors d’entretiens d’embauche. « Cette différence s’explique par le fait que la condition noire est donc totalisante. Le noir est noir, point final. C’est à travers le fait d’être noir que l’ensemble de ses gestes et particularités seront analysés. Quand ce n’est pas son corps, c’est son nom, son adresse, qui parlent à sa place. » L’auteur poursuit : « Voici donc les bénéfices du changement d’état civil pour un homme trans noir : voir sa candidature passer de l’assignation aux métiers du bas salariat auxquels sont assignés les femmes noires, à l’assignation aux métiers de bas salariat auxquels sont assignés les hommes noirs. » Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, les enjeux qui entourent la transidentité sont indissociables des problématiques capitalistes, racistes ou encore sanistes. On peut aussi ajouter qu’être trans ne se vit pas de la même façon selon que l’on vive dans une grande agglomération, dans une zone rurale, ou dans un territoire d’outre-mer. Pour faire face à tous ces enjeux et tenter d’y apporter une réponse politique, l’organisation de solidarité trans (OST) a vu le jour en France et essaime des antennes un peu partout sur le territoire depuis quelques années.
L’initiative
Notre objectif est de lutter contre l’éclatement du paysage militant trans en France et d’insuffler des actions dans des villes où il n’y a pas grand-chose.
L’organisation de solidarité trans (OST) a vu le jour à Tours, où elle n’était alors qu’un simple collectif tenu par quelques militant-es. En 2022, la décision est prise de s’élargir en organisation nationale. Rowan a rejoint l’OST il y a deux ans et a participé à cette évolution. Lui et Alice font partie du secrétariat national. Très vite, des militant-es sur Nîmes contactent la section tourangelle. « Dans le Vaucluse, beaucoup de gens ne s’attendent pas à ce qu’il se passe grand-chose, et c’est justement important de combler ce manque sur les questions trans », explique Rowan. « La communauté trans subit des attaques de plus en plus souvent et nous n’avons pas de réponse nationale assez forte. » Aujourd’hui basé à Saint-Denis, le militant a participé à monter la section locale dionysienne de l’OST. Alice précise : « Nous sommes environ 150 membres répartis sur les douze villes de France où est présente l’organisation. » Angoulême, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille, Lyon, Nîmes, Orléans, Reims, Saint-Denis, Strasbourg, Tours, Troyes : chacune de ces villes compte aujourd’hui une section de l’Organisation de solidarité trans. « À Tours, qui est une ville au centre de la France, il n’y avait plus d’asso locale depuis la crise du covid. Or, il y a une vraie difficulté à créer du lien social entre personnes trans. Mais notre volonté n’était pas seulement d’être une organisation d’auto-support, mais aussi d’envisager un mouvement de lutte à plus long-terme. » L’auto-support consiste en l’aide directe à la transition : accompagnement dans les démarches administratives ou encore sur les possibilités de transition médicale. « Pour changer sa mention de sexe à l’état civil, il faut encore passer par un juge, alors que c’est complètement inutile. Nous, on souhaite qu’il soit possible de demander librement le changement de son prénom et/ou de sa mention de sexe en mairie. » Alice ajoute que le corps médical n’est pas du tout formé au sujet des transidentités. « Le corps associatif trans est bien mieux formé sur la question que la plupart des médecins. On se retrouve à récupérer les gens après leurs rendez-vous médicaux, pour revoir tout ce qui a été dit… » Ainsi, elle prend l’exemple des doses d’hormones données aux patient-es, qui ne seraient jamais les bonnes. « En France, on a un souci de sous-dosage permanent, par exemple. Ça implique un travail de formation avec le personnel médical, mais aussi avec les syndicats pour qu’ils soient capables de défendre les camarades trans sur leurs lieux de travail et au sein des syndicats. » Dans la plupart des sections de l’OST, des permanences d’entraide et de socialisation sont mises en place pour les usagè-res. Rowan assure aussi l’importance de travailler avec les associations du Care, comme Aides ou le Planning familial. « Si quelqu’un nous contacte pour une question de séropositivité, on peut renvoyer cette personne à Aides par exemple. On fait aussi en sorte de bosser avec des assos de droit au logement et de personnes sans-papiers. On est pas capables de tout faire à nous seuls, donc le travail d’inter-organisations est indispensable. »
La transition pousse à faire de nous des prolétaires. Quand on veut transitionner, on en est empêché par tout un tas de moyens, on a des difficultés d’accès au travail, donc au logement, c’est un cercle vicieux. Parmi les travailleur-ses du sexe, beaucoup sont trans. C’est pourquoi on doit aussi soutenir ces luttes.
Une riposte trans et révolutionnaire contre le capitalisme
Il n’y a pas beaucoup de mouvements qui mêlent luttes trans et lutte des classes. Les revendications trans sont encore trop souvent de l’ordre individuel, personnel. Beaucoup de personnes trans peinent encore à prendre en compte les conditions matérielles d’existence, leurs précarités et la façon dont elles sont des victimes directes du capitalisme.
Rowan explique que l’organisation de solidarité trans développe un discours matérialiste vis-à-vis des luttes trans. « On fait en sorte de ramener les personnes trans vers les enjeux sociaux. On a beaucoup incité nos camarades à militer pour les retraites par exemple. Nous sommes directement concerné-es, car c’est plus compliqué pour nous de trouver du travail, on arrête nos études souvent plus tôt que la moyenne… » Alice ajoute que les luttes trans concernent tout le monde. « L’offensive transphobe se met en continuité de l’attaque contre les droits des femmes, et de toutes les sorties natalistes et réactionnaires qu’on peut entendre. Nous, personnes trans, on a pas de place dans cette vision de la société, qui consiste à dire que les femmes doivent procréer et les hommes doivent produire. » En parallèle, les militant-es soulignent qu’au-delà des questions spécifiquement trans, c’est toute la classe politique française qui prend un virage de plus en plus réactionnaire. « La classe politique bourgeoise est une classe qui a peur, elle veut s’armer et enclencher une militarisation de la société pour protéger ses intérêts. L’État mène des politiques anti-migrants de plus en plus fortes. Pour nous, pour toutes ces raisons, les personnes trans doivent se mobiliser pour la Palestine et contre l’impérialisme de manière générale. La casse de nos droits sociaux, c’est une conséquence indirecte de l’impérialisme français. »
Petites villes, banlieues, zones rurales : se saisir des luttes trans partout
À l’OST, nous faisons le choix de décentraliser les luttes trans de Paris. On souhaite proposer une alternative pour que les gens puissent se saisir de ces luttes, y compris dans les petites villes, en ruralité, ou en banlieues, où les enjeux ne sont pas les mêmes.
« Les combats menés par l’OST s’inscrivent dans le mouvement pour la défense des retraites ou encore contre la loi Darmanin », clame Alice. Rowan ajoute : « Le mois de mai 2024 a connu une grande vague de riposte trans partout en France contre l’offensive des sénateurs républicains, qui voulaient limiter l’accompagnement médical des ados trans. Il y a eu des manifestations dans des villes où il n’y en avait jamais eu sur ces enjeux spécifiques ! » La présence de l’organisation de solidarité trans dans autant de villes aussi diverses implique d’avoir un rôle différent pour s’adapter à chaque territoire et à ses spécificités. Alice prend l’exemple d’Angoulême : « À Angoulême, il y a une présence fasciste importante. Le rôle de l’OST a été d’orienter les personnes trans pour faire de la propagande auprès du personnel médical, dans un travail de déconstruction des discours transphobes et réactionnaires qu’on pouvait trouver jusque dans les salles d’attente, via des tracts transphobes et anti-IVG ! » À ce sujet, nous avons interviewé un militant de la section OST d’Angoulême pour un entretien qui sera à retrouver dans notre prochaine newsletter. Alice renchérit : « Plus la ville est petite, plus il y a à faire, car moins il y a d’organisations d’auto-support en général. » Ainsi, le lien est fait d’entrée de jeu avec les organisations syndicales et toutes les associations ou collectifs partisans des luttes trans sur le territoire en question. « Sans ces liens, on n’aura jamais de rapport de force pour faire front quand Macron sort des inepties transphobes à la télé par exemple. » « C’est un choix de notre part de ne pas devenir parisiens », réaffirme Rowan. « Si on a décidé de créer une section à Saint-Denis, dans le 93, plutôt qu’à Paris, c’est parce que nous sommes très déconnectés de ce monde parisien, on estime qu’on a pas à s’implanter là-bas. » Le militant prend l’exemple des déserts médicaux, qui ont un impact direct sur les parcours de transidentités. « La plupart d’entre nous vivent dans des villes où c’est galère de trouver des endocrinologues, de la chirurgie laser… Et on doit faire nos vies avec ça. » Rowan aborde aussi la question du racisme et des quartiers populaires, des enjeux incontournables pour la section dionysienne. « On subit une propagande raciste à longueur de journée dans les médias, avec des discours homonationalistes, qui consistent à dire, en gros, que les personnes LGBTI seraient agressées et tuées dans les banlieues car c’est dangereux là-bas. » Des discours auxquels s’attaque par ailleurs la Pride des banlieues, un mouvement revendicatif des personnes LGBTIA des quartiers populaires.
C’était important pour nous de créer une section ici, à Saint-Denis, pour affirmer que oui, il y a des personnes trans dans le 93, ne serait-ce que parce que c’est moins cher d’y vivre.
En novembre dernier, à l’occasion de la Journée du souvenir trans (trans Day of Remembrance, abrégé en « TDoR »), la section de l’OST de Saint-Denis a reçu de nombreux remerciements pour l’organisation d’un événement dédié. « On a fait ce choix d’organiser un rassemblement à Saint-Denis pour le TDoR, et de ne pas aller le faire à Paris en tout état de cause. Beaucoup de personnes n’avaient pas la possibilité d’aller à Paris, et puis c’est vital de mobiliser les gens autour des luttes sociales partout et pour tout le monde, pas juste dans les grandes villes. » De fait, l’OST tente aussi de s’implanter en zones rurales et dans des petites villes, où la présence étudiante est limitée. « La tranche d’âge des membres de l’OST est assez jeune, mais la transidentité ne concerne pas que les jeunes, c’est aussi pour ça qu’on essaye de bosser avec les syndicats. » En ruralité, les modes de déplacement sont aussi souvent limités à la voiture, quand on en dispose d’une. Rowan mentionne la Marche des Fiertés du Vigan, dans les Cévennes, dont la première édition a eu lieu en 2024. « On constate que c’est plus dur pour les militant-es du Vigan de s’organiser, les adhérent-es sont souvent isolé-es. On essaye de faire en sorte que les événements aillent aux gens, et pas l’inverse, que ce soit en zone rurale ou en banlieue. Mais pour faire ça, ça dépend aussi du nombre de personnes disponibles pour s’investir, c’est pas toujours évident. » Un projet de création d’une nouvelle section est en cours à Boulogne-sur-mer. L’OST n’en est qu’à ses débuts, et a de beaux jours devant elle ! Pour la rejoindre, ou monter une section près de chez vous, rendez-vous dans notre rubrique ci-dessous.
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